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Monsieur, laissez-moi vous dire : quand on laisse se dégrader les institutions c'est le début de Babylone.
Noël Roquevert - Le Diable et les dix commandements.
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Lucky ne vole pas l'argent de son visiteur. Il en donne à voir et parfois à boire. Sa cabine recèle quelques élixirs de jouvence (dira-t-on). «Ma grand-mère est morte à 102 ans. Elle buvait deux whiskies et fumait deux cigares tous les jours» avoue-t-il.L'homme soigne sa tenue. Il n'a pas quitté son ranch de Tucson dans l'Arizona, où l'attendent 8.000 têtes - «des vaches aux longues cornes, des bisons et des chevaux» - pour jouer les zozos dans la plaine du Portal.
Il est l'invité vedette des rassemblements «country», celui que l'on ne peut pas rater. Son bahut, qui peut tracter trois remorques, éclabousse la scène. Avec ses plaques, ses souvenirs de voyage et ses références au Far West et à la mythique route 66.
Triple champion de rodéo du Wyoming, Lucky se présente comme «un ambassadeur» de sa culture. Il a conservé de ses années sportives, une plastique impeccable. ».
Lucky n'est pas un «poor lonesome cowboy». Il a apprivoisé la solitude depuis longtemps. «Mes deux premières femmes étaient indiennes navajos. La troisième est Française. Vive la France !»
Son histoire se fond avec la nôtre. «Mon grand-père a débarqué en Normandie pendant la dernière guerre» rappelle-t-il, respectueux de ses aïeux. Bon sang indien ne saurait mentir. «Je suis né dans les vaches et les chevaux. Je m'occupe toujours du bétail avec mon frère et soixante-six gars».
L'heure de la retraite qui a sonné pour Lucky se déroule donc plutôt sur les routes d'Europe, et depuis quelques années, de France. « La grande difficulté pour moi, dans votre beau pays, ce sont tous ces ronds-points aux carrefours. J'arrive à passer dans les plus grands, mais pour les petits… c'est une autre histoire. »Le Peterbilt à cornes mesure effectivement de la tête à la queue, vingt-quatre mètres et développe une puissance de 650 chevaux. Un véritable monstre à la déco très personnalisée et dans lequel notre cow-boy au large sourire possède un petit département, non, pardon, un petit appartement, ainsi qu'une vaste réserve d'objets navajos. Tipies, vêtements indiens, instruments de musique, cornes de vaches, têtes de bisons, que Lucky vend – business is business – sans jamais oublier de vanter les peuples indiens.