ROCHEFORT sur mer MAI JUIN 68 et témoignage André Meynard
Alors que Rochefort se révoltait (source Sud-Ouest) il y a 50 ans, en mai-juin 68, un certain Maurice Papon s'était invité quelques mois auparavant dans la ville en tant que président-directeur général de Sud Aviation. L'homme qui a bien failli mettre un terme à l'industrie aéronautique à Rochefort en voulant fermer le site de Sud Aviation n'est autre que Maurice Papon, l'ancien secrétaire général de la Préfecture de Gironde entre 1942 et 1944, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité, fût nommé président directeur général de Sud Aviation en 1967. Pour une courte période puisqu'il fût remplacé en août 1968. -L'usine fût sauvée-.
"Son travail pendant l'Occupation, la torture en Algérie, le massacre de Charonne, on connaissait son parcours" témoigne André Meynard, à l'époque jeune ouvrier à Sud-Aviation, encarté à la CGT. "...en juin 1967, il est venu à Rochefort, accompagné du ministre des armées Pierre Messmer. On l'a reçu dignement ! des copains qui avaient connu les camps de concentration sont venus avec leur tenue de déportés. Sachant cela, il a fait demi-tour aussitôt et n'a pas visité l'usine".
MAI 1968 - MAI 2018 - 50 ANS APRES
Mais... MAI n'a-t-il qu'un seul MAI ? (celui des médias !)
L'histoire telle qu'elle est retranscrite par les médias et les manuels scolaires prend souvent des libertés avec la réalité ... historique ; par omission, en occultant des faits qui viendraient contrarier la démonstration que souhaite faire la classe dirigeante à partir d'un ou d'une suite d'événements. De nos jours, l'omniprésence des medias dans notre vie quotidienne concourt, par un rabâchage continu, à faire prendre pour vérité un fait, un événement préalablement "reconditionné", mis au goût du Capital, faussant ainsi les repères et les analyses des citoyens.
Pour ce 50ème anniversaire de mai-juin 68, on constate, plus encore qu'à l'habitude, que le Capital, ses medias, son "personnel politique" ne sortent pas du périmètre sacré : rue Soufflot - bd St Michel, quartier Latin, et ne voient que pavés, voitures brûlées, lacrymos, CRS et étudiants, occultant ainsi la part PREPONDERANTE des salariés et de leurs organisations syndicales dans cette période, et les luttes qui avaient précédé et préparé cette période historique dans le monde du travail !
La période de MAI 68 est un exemple type de ce genre de manipulation qui consiste à ne retenir que l'élément le plus "scoop" et arrangeant pour faire passer l'essentiel, et le dérangeant, au second, voire au troisième plan, pour qu'avec le temps "la mémoire de masse" ne retienne que la vision que veut en imposer le Capital et ses hommes de mains.
Tous les ans à cette période, MAI 68 est commémoré quasi exclusivement comme un affrontement au quartier Latin entre les CRS d'un pouvoir en perdition et des étudiants "révolutionnaires". Les usines occupées par les salariés, la France paralysée, les 10 % d'augmentation des salaires, les 30 % d'augmentation du SMIC, les acquis sociaux, les libertés syndicales... tout ceci est traité à la marge et presque passé sous silence !
Il es vrai qu'à l'appel du "mouvement du 22 mars", les étudiants ont, au quartier Latin, commencé à manifester le 3 mai et les jours suivants. Ces manifestations, après que les forces de l'ordre aient laissé le temps aux barricades d'être érigées, ont abouti à la nuit de violence et de répression sauvage du 10 au 11 mai. Le 13 mai, à l'appel des organisations syndicales, plus d'un million de salariés, et d'étudiants manifestent à Paris contre la répression sanglante. Le soir-même, des usines sont occupées. En quelques jours, la France est paralysée, les salariés défendaient leurs revendications.
Pour les médias, les étudiants ont réveillé salariés et syndicats apathiques (!). Subitement, dans tout le pays, les salariés se seraient découvert des revendications, décidé d'occuper leurs boîtes, comme ça, sans mécontentement préalable ??? La réalité est toute autre.
Après la mise en ballotage de de Gaulle en 1965, en 1966 mais surtout en 1967, les motifs de mécontentements (salaires, emplois, conditions de travail, protection sociale, etc.) s'exprimaient avec force en revendications. Les pétitions, rassemblements, débrayages, grèves se multipliaient dans les branches, les entreprises privées et publiques, puis les journées nationales d'actions contre les ordonnances sur la Sécu ! CES ACTIONS N'AVAIENT RIEN D'APATHIQUE ! Les salariés étaient largement mobilisés, il ne fallait plus que l'élément de convergence, en l'occurrence la manif du 13 mai 68, pour unifier leurs luttes et "ouvrir la porte" à la conquête d'acquis considérables pour le monde du travail.
C'EST CELA QUE LE CAPITAL ET SES HOMMES AU POUVOIR
VOUDRAIENT QUE L'ON OUBLIE
En ce début du 21ème siècle, où sont systématiquement remise en cause les conquis de nos luttes et CELLES DE NOS ANCIENS, l'histoire, la vérité sur ces luttes constituent des repères, des points de références, pour un avenir social solidaire et humaniste ; pour nous, pour nos enfants et nos petits-enfants.
Ce sont les mêmes qui aujourd'hui nous disent que l'austérité et les sacrifices sont inéluctables ! NE SOYONS PAS DUPES ! Ne les laissons pas réécrire notre histoire ; elle fait partie de notre patrimoine, de nos racines, et de l'éducation syndicale et politique, de nos luttes et de leurs résultats... à venir !
Jean-Pierre Coquard
mai 2018
Mémoires d'usine - Mémoires d'avenir - ALSTHOM SAINT OUEN (93)
Présentation :
Mémoires d'usine... mémoires d'avenir ! Titre atypique, pour un ouvrage qui ne l'est pas moins ; né de la volonté des élus CGT au CE de l'usine Alts(h)om à St Ouen, en 1984, ce livre parle de l'histoire du monde du travail par lui-même, ne s'est jamais voulu "historique". La volonté des élus et des contributeurs était, devant la DESINDUSTRIALISATION des ANNEES 80, de porter témoignages afin de transmettre pour ne pas les perdre, un savoir-faire et un savoir-lutter aux générations à venir ; pour qu'elles n'aient pas à réapprendre les expériences que nous avions vécues, ceci sans volonté de donner des leçons.
Atypique aussi, car ce livre (voir l'ajout de présentation de 2010 -en début de document-) a été réalisé de A à Z (sauf l'imprimerie) par des salariés de l'usine (animatrice culturelle du CE, élus et salariés) sans recours à des historiens ou des rédacteurs professionnels.
Fermé et rasé définitivement en 2006, ce lieu de labeurs et de "mémoire du travail et du social" qu'a été Alsthom St Ouen, a laissé le champs libre à de "splendides cages à lapin de luxe"..................................Le progrès est-il à ce prix ?
MAI JUIN 1968 à Alstom St Ouen (93) - témoignage Jean-Pierre Coquard
3 juillet 1967 - j'ai 20 ans - retour à Alsthom St Ouen après le service militaire. Tout de suite je me rends compte que la boîte plutôt calme que j'avais quittée 16 mois plus tôt est agitée, voire bouillonnante. A trois semaines des congés, les salariés sont à la fin d'un "conflit" social de plus de 2 mois de grèves perlées et de débrayages successifs par services et ateliers. Ces actions avaient fait céder la direction de manière conséquente sur les salaires et qualifications, mais aussi sur les conditions de travail : engagement d'une négociation sur le travail au rendement dont dépendait le "bas de page" de la fiche de paie et les prémices de discussions sur la réduction d'horaires. A cette époque, nous faisions 47 H 30 par semaine, en 5 fois 9 h 30, l'hiver nous embauchions à la nuit et débauchions à la nuit !
J'allais tendre l'oreille dans certains ateliers où il y avait encore des réunions. C'est au cours de l'une d'elles que j'appris que cette mobilisation trouvait sa source dès 1966, dans les luttes contre les ordonnances de de Gaulle contre la sécu (déjà), pour les salaires et les conditions de travail ! que depuis, dans toute la métallurgie et d'autres branches professionnelles, les grèves et débrayages se multipliaient.
Après les congés, début septembre, c'était "reparti pour un tour" en réponse aux appels confédéraux (CGT), fédéraux, pour les salaires et la mensualisation ; débrayages, grèves, manifs, c'était des actions surtout générales, espacées, mais relayées par des revendications et actions catégorielles... Et ceci dura à ce rythme jusqu'à mi-mai 1968...
A cette époque, j'étais plus attiré par le GOLF DROUOT, le blues et le rock n'roll que par le syndicalisme... Mais toutes les formes d'injustices me révoltaient, et le sentiment d'être exploité était en moi, même si je ne le percevais pas précisément. C'est dans cette ambiance "électrique" que les confédérations syndicales lancèrent l'appel à la manifestation le lundi 13 mai contre les violences perpétrées par l'état gaullien à l'encontre des étudiants manifestant pour leurs revendications.
Un million de manifestants ce lundi 13 mai, huit heures de manif... et ma première manifestation !...
Mardi 14 mai, dès l'embauche, les discussions s'engagent entre les salariés, surtout dans les ateliers. La maîtrise fait comme si elle ne voyait rien ! Je traîne mes guêtres un peu partout pour me rencarder et piger ce qui se passe. Mercredi 15 et jeudi 16 mai, les militants CGT passent partout pour discuter avec les ouvriers, proposer d'agir, prendre la température... ça commence à chauffer...
Depuis l'après-midi du 15 mai, la direction est inquiète et souhaite désamorcer les velléités d'occupation de l'usine qui lui remontent. Bien que paternaliste, elle qui ne souscrivait à aucune proposition de la CGT... prend l'initiative d'une consultation à bulletins secrets et listing officiel ! Plutôt que de rejeter cette initiative "patronale", la CGT participe à ce "scrutin" atypique... Certainement mal renseignée par son encadrement de ce qui se passait, la direction constate le 16 en fin d'après-midi que les salariés à hauteur de 63 % ont décidé l'occupation de l'usine ! Telle est prise qui croyait prendre... Les pontes locales ont dû recevoir des "félicitations" de la direction générale de la CGE...............
17 mai - 6 h 15 - Les militants CGT sont devant les portes de l'usine diffusant un tract pour annoncer les résultats du vote en assemblée générale. 11 h - l'occupation de l'usine est effective. Les premières mesures d'organisation sont prises... Je rentre rapidos chez moi pour prendre un duvet et un transistor... c'est la première fois que je suis à l'usine un week-end !!! - 20 mai 1968, je donne mon adhésion à la CGT.
Occuper une usine, ce n'est pas que fermer les portes ; c'est aussi assurer la préservation de l'outil de travail et la sécurité des personnes. Donc dès la soirée du 16 mai, un comité de grève, syndiqués et non-syndiqués, est élu. Des collectifs élus sont mis en place : collectif de garde, à chaque porte, des abris de fortune sont installés, où se relaient jour et nuit les grévistes pour éviter toute provocation ou intrusion ; le standard fonctionne, un collectif s'occupe de se procurer le "ravito" et assure les repas, un autre organise le planning des activités et des tours de rôle... un autre des sports et des loisirs, un autre du nettoyage et de la protection des installations et machines à l'arrêt... Un collectif de solidarité est mis en place la deuxième semaine. Bref, tous ces éléments qui font d'une grève quelque chose d'actif et de vivant !
Ce fût l'occasion de démontrer une fois de plus l'esprit de responsabilité des militants CGT et des salariés et leur attachement aux produits qu'ils fabriquaient : les transformateurs et les condensateurs, qui requièrent des traitements thermiques de longues durée, ne pouvant être interrompus sans graves dommages pour le produit. Tous les traitements en cours se sont poursuivis, effectués par des techniciens "autorisés", voire des chefs de services accompagnés par des grévistes.
Les négociations sur les revendications avec la direction se déroulaient dans les locaux du patronat de St Ouen... parfois en nocturne. La 4ème semaine, les difficultés financières et la fatigue commençaient à peser. Nous avions obtenu 10 % de "rallonge" générale, avec un plus pour les bas salaires, et des avancées sur les conditions de travail. C'était loin d'être négligeable. Alors il a fallu organiser une nouvelle consultation, pour qu'aucun doute sur la validité démocratique de cette grève ne soit remise en cause. Nous pensions que nous signions là la fin de la grève... mais, à notre grand étonnement, le vote était favorable à la poursuite de l'occupation par 55 % pour et 45 % contre ! La 5ème semaine fût longue... et se conclut par le 1er tour des Législatives dont la droite sortit largement en tête... le lundi 24 juin 1968 nous rentrions tous ensemble un peu tristes mais sans amertume ; dans la boutique, drapeaux CGT en tête, scandant les revendications non satisfaites et chantant l'Internationale... et avec un syndicat plus fort, reconnu légalement dans l'entreprise !
Pour moi, mai juin 68 fût la découverte de la lutte de classe et de la nécessaire conscience qui va avec. Le starter d'un parcours militant de 50 ans, avec ses joies, ses peines, ses réussites et ses échecs... l'ouverture sur les autres, et la conviction de la nécessité d'être en priorité auprès et avec les salariés, avant de discuter avec les exploiteurs et leurs représentants.
Ces cinq semaines furent aussi l'occasion d'une formidable explosion fraternelle ; de la rencontre et de l'échange entre gens qui, travaillant ensemble, n'avaient que peu de possibilités de se connaître en terme d'Humain, de s'apprécier, malgré les différences de toutes natures. L'impression de ne plus être sous tutelle... un SENTIMENT DE LIBERTE.
Lors de ces cinq semaines, quelques tentatives d'intimidation et de provocations de la part du SAC (Service d'Action Civique - Charles Pasqua) eurent lieu, parfois l'arme au poing, mais le sang-froid et l'intelligence des salariés leurs firent échec ! A plusieurs reprises, d'autres "faux amis" extérieurs, venus de la "gôche" dite extrême, tentèrent d'entraîner les plus jeunes d'entre nous dans les manifestations du quartier latin. Traitant les militants CGT de traitres à la classe ouvrière (?) de vendus au patronat (?) et pis que pendre... à deux exceptions près, leurs litanies n'accrochèrent pas. Il est d'ailleurs amusant de constater que parmi ces "grands révolutionnaires" venus nous porter la bonne parole, certains ont été, par la suite, ministres, préfets...............................
Pour conclure, je persiste et je signe : sans les mobilisations et luttes syndicales de 1966 et 1967, il n'y aurait pas eu en France de MAI 68, sous la forme que nous lui connaissons. Ceci est plus que jamais valable aujourd'hui !
Propos recueillis par Eliane Roi ici et pour le magazine VIE NOUVELLE.
mai 2018.
LA ROCHELLE MAI-JUIN 1968 - témoignage Michel Guitton
En 1968, j'avais 24 ans ; j'étais le secrétaire du syndicat CGT chez ce qui s'appelait alors Brissonneau et Lotz et qui s'appelle aujourd'hui ALSTOM. A l'époque, nous devions être à peu près 1000, 1200 à 1300 salariés. Déjà, en 1968, nous avions mené une action syndicale autour du salaire, du pouvoir d'achat, en début d'année, en janvier et février.
A La Rochelle, ça a été un mouvement assez rapide dans la métallurgie, à partir notamment de la grande manifestation du 13 mai. Et donc, ça a commencé, on va dire, dans la première quinzaine de mai et ça s'est poursuivi -tout au moins en ce qui nous concerne- jusque dans la première quinzaine de juin parce que la métallurgie, qui était assez remuante socialement, était, en quelque sorte "punie" car on nous disait : "il y a eu Grenelle. Point. Et il n'y aura rien de plus". Nous, nous étions orphelins de deux satisfactions qui n'avaient pas avancé : la réduction du temps de travail, 48 heures par semaine d'horaire légal, c'est-à-dire qu'il y avait aussi les heures supplémentaires, ça faisait beaucoup de travail, et sur la retraite à 60 ans nous n'avions rien obtenu. *
1968 était un mouvement plus vaste que les précédents. Heureusement, il n'y a pas eu qu'Alstom. Nos camarades des CHANTIERS NAVALS étaient également très actifs, ceux de la CHIMIE, les FONCTIONNAIRES... des corps de métiers les plus divers se sont mis en grève : les MARINS. etc. HOSPITALIERS, QUEVAL... les usines... Nous avions un port, à l'époque, beaucoup plus actif qu'aujourd'hui, un port de pêche mais aussi un port de commerce. Il y avait 400 DOCKERS à La Rochelle, il y en a moins de 80 à présent. Donc tout ceci créait une ambiance très particulière, à la fois d'un calme assez exceptionnel compte tenu du peu de circulation et en même temps avec des pics d'animations extraordinaires, où on se retrouvait plus d'une dizaine de milliers d'individus place de Verdun. La Rochelle était une ville très animée et à la fois très silencieuse lorsque les grands moments de rassemblements sociaux étaient passés.
Il y avait parfois des piquets de grève qui pouvaient être agressés par des jets de pierres ou de boules de pétanque par, ce que nous appellerions des gens d'extrême-droite, mais ça n'a jamais été bien loin. Quelques moments chauds. Il y a eu aussi une manifestation anti-grévistes, de gens se revendiquant du Gaullisme et qui s'étaient rassemblés place de Verdun, en une manifestation plus symbolique qu'autre chose et que nous étions allés voir par curiosité. Il a eu quelques noms d'oiseaux échangés, mais pas plus ; d'autant que nous reconnaissions un commerçant de son quartier... ne pensant pas le voir là... il y avait des tensions liées à des questions du quotidien ; par exemple le carburant. C'était à la Bourse du Travail qu'on donnait des bons pour avoir de l'essence pour les gens qui en avaient le plus besoin et notamment les gens du corps sanitaire. C'était amusant d'avoir cette sorte de "pouvoir" ; on n'a jamais cherché à avoir un pouvoir particulier, mais de responsabilité de fournir un minimum à la société rochelaise. L'ambiance était plutôt sereine. La ville n'a pas connu d'événements graves.
Il y avait un certain décalage entre certaines revendications étudiantes, certains mots d'ordre, certains rassemblements comme au stade Charletty, à Paris, ou autre -où on parlait d'autogestion, de gestion nouvelle, de choses comme ça- qui, pour les salariés, n'étaient pas automatiquement le plus urgent. La classe ouvrière dans sa masse a fait grève en 68 pour vivre mieux, au niveau du casse-croûte, c'est-à-dire avoir davantage de sous, sur le temps de travail, la retraite, etc. Donc on était taxés un peu d'"alimentaires" par un certain nombre de responsables du monde étudiant. Ils venaient nous voir à la porte des usines, voire distribuer des tracts, en nous qualifiant d'"alimentaires" et "qu'on ferait mieux de se préoccuper de l'autogestion ou de la cogestion". Il y avait des décalages... Mais, ça nous faisait plutôt plaisir de voir la jeunesse se bouger et voir qu'elle souhaitait vivre mieux que nous-mêmes et nos parents.
En 68, nous avions un cumul de situations ; les bas salaires, les 48 H, le travail horaire et non-pas mensuel, etc. Aujourd'hui, il y a un certain nombre de situations qui ne sont pas automatiquement les mêmes mais qui posent les mêmes jalons : la précarité, le sous-emploi, les bas salaires... les gens payés au SMIC sont quand même excessivement nombreux et on ne peut pas dire qu'on est nabab aujourd'hui quand on vit avec un SMIC. Il y a des reculs de la protection sociale... Avant 1968, les ordonnances du général de Gaulle avaient mobilisé de façon extraordinaire sur la protection sociale. Quand on regarde tout ce qui se passe autour des banques, aujourd'hui, ça rajoute en crispation, en mécontentement, en colère... Il a des éléments objectifs, comme l'on dit de façon savante, pour qu'il y ait aujourd'hui un grand mouvement similaire en France. Aujourd'hui les salariés sans papiers se mettent en grève. Des gens dont le but est de survivre mais en se cachant puisqu'"il ne faut pas qu'on sache", qui, d'un seul coup, viennent sur le devant de la scène sociale ! C'est extraordinaire de représentativité d'un trop-plein !
Témoignage recuilli en 2008 par Frenchclasses.
* Les revendications des salariés étaient : passage aux 40 H par semaine. Après 68, les négociations de certaines conventions collectives ont abouti à un calendrier de réductions d'horaires plus ou moins conséquent ; ex : 6 mn par jour par tranches de six mois...
Mise en page Eliane Roi et Jean-Pierre coquard.
Robert BROCHOT - homme épris de Paix et de Liberté
Qui était Robert Brochot ?
En juin 1940, Robert Brochot a 18 ans. Le magasin qui l'emploie comme laborantin est réquisitionné par les allemands. Il double toute une série de clichés pris par les occupants. Et les cache, au péril de sa vie.
L'armée allemande entre à La Rochelle ; la ville est occupée ; c'est le 23 juin 1940. "Un dimanche, se souvient Robert Brochot, j'étais chez moi, à Aytré, et dans l'après-midi, nous avons entendu du bruit : les chars de l'armée allemande partaient pour Rochefort. A 18 ans, je n'étais plus un gamin, je travaillais depuis l'âge de 13 ans et demi comme laborantin-opticien rue Chaudrier. Je savais très bien que les allemands allaient arriver. On avait vu passer beaucoup de réfugiés déjà , des Belges notamment à Aytré aussi. Cette période a d'ailleurs inspiré Simenon pour "le clan des Ostendais" et "le train". Je connaissais Simenon, il venait au magasin.".
Dès le lendemain, le lundi, son patron a reçu la visite d'officiers allemands : "ils venaient réquisitionner notre laboratoire pour que nous développions toutes les photos prises par des soldats allemands à La Rochelle mais également ailleurs en France. C'est moi qui développais, alors j'ai décidé de doubler quelques photos pour les conserver. Je marquais les clichés avec une petite croix. Et lorsqu'on les triait, je sortais les photos avec la croix, je les gardais et les cachais. Je ne l'ai jamais dit à quiconque, sauf à ma sœur, qui travaillait avec moi. Il y en a un millier environ. Pendant toute l'occupation, j'ai agi ainsi.".
Aujourd'hui ces photos sont conservées aux archives départementales ainsi qu'au FAR Fonds Audiovisuel de Recherche - Denis Gougeon- Mais pendant longtemps elles n'ont suscité aucun intérêt.
Après la fin de la guerre, personne ne voulait en entendre parler . Robert Brochot les a tout de même gardées. Puis un jour, pour la commémoration du cinquantième anniversaire de la Libération de La Rochelle, l'auteur d'un ouvrage a eu besoin de photos de cette époque. Soudain le précieux butin de Robert Brochot a pris la valeur qu'il méritait. "Elles sont aux archives depuis une dizaine d'années, je les ai données avec l'accord de mes enfants".
Source Albert Bret - larochellelapaix BLOG - M. BROCHOT témoignait auprès des jeunes générations aussi dans le cadre de la semaine pour la Paix à La Rochelle.
PS : j'étais là au moment où les photos ont été sélectionnées patiemment une par une au Fonds Audiovisuel de Recherche (ça a pris plusieurs mois, c'était un travail minutieux) le FAR ayant à cœur de sauvegarder, nettoyer et conserver en bon état les images - car j'allais une fois par semaine remettre mes films au FAR et je voyais le travail colossal de M. BROCHOT. J'étais admirative. Eliane Roi. (années 90).
Les deux photos qui suivent ont été prises par Robert Brochot suite au bombardement de La Rochelle ; l'église de Laleu (où j'habite) a été entièrement détruite.
Fonds Paroles de Rochelais.
Ma vidéo du 15 novembre 2011 où l'on peut voir et entendre Monsieur Brochot :
https://www.youtube.com/watch?v=2RjKpC3nVDI
Le F A R Fonds Audiovisuel de Recherche de La Rochelle
50 000 photos et 2000 heures de films consacrés à la mémoire de la région et de ses habitants, le F A R Fonds Audiovisuel de Recherche est à la tête d'une mine d'or.
L'association, créée en 1999, s'est fixé comme objectif de sauvegarder et de valoriser le patrimoine audiovisuel local.
Le F A R archive et numérise les images et les films qui retracent la vie de la région et de ses habitants, mais il participe aussi à la création de documentaires audiovisuels ou d'expositions pour mettre en valeur l'histoire de la région racontée pas ses archives audiovisuelles.
Créé par des professionnels de l'image soucieux de sauvegarder des trésors (films... photos...) menacés de disparition, le F A R est aussi un lieu de création, de transmission des savoirs et d'éducation à l'image.
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Monsieur Brochot était photographe à La Rochelle pendant la seconde guerre mondiale ; réquisitionné par les allemands, il a réussi à faire des doubles de ses photos en cachette, ce qui constitue désormais une source très importante de documents pour nos archives municipales. Il participait à nos semaines pour la Paix car c'était un homme épris de justice et de liberté.
Bon nombre de nos images (photos et films) ont été transmises au FAR sur une période de vingt ans environ -années 80, 90- documents sur les luttes et manifestations à La Rochelle, pour la mémoire collective et les générations futures. Laissons une trace de ce qui s'est passé dans notre ville, il y a des choses qu'il ne faut pas oublier. Eliane Roi.
Nous avons filmé pendant 40 ans La Rochelle et avons transmis nos images au Fonds Audiovisuel de Recherche de La Rochelle - Nos images sont également sur YOUTUBE à elianeroi17 et elianeroi17000. Voici quelques extraits de nos vidéos :
PAROLES DE ROCHELAIS
PAROLES DE ROCHELAIS
Patrimoine - mémoire collective - lien social.
Ecrire l'histoire populaire des quartiers de La Rochelle.
Paroles de Rochelais est une association loi 1901, depuis 1995, reconnue d'intérêt général qui collecte des témoignages et des photos qu'elle édite et présente sous forme de livres et d'expositions.




























































































































































































































