Centrée sur l’industrie de la coutellerie, la ville de Thiers (Puy de Dôme) est un lieu emblématique du patrimoine industriel national.
Edifiée sur le versant pentu entre la montagne forézienne et la plaine de Limagne, sur le cours torrentueux de la Durolle, Thiers est depuis plusieurs siècles la capitale de la coutellerie en France.
Voici la vallée des Usines :
Dès le XIVème siècle, l’essor des techniques permet le développement d’un important artisanat : fabrication de draps, tanneries, papeteries et début de la métallurgie avec la coutellerie.
À partir de 1850, seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l'introduction des machines qui préfigure l'avènement de la grande industrie. À cette époque, l'industrie coutelière présente une organisation particulière. La main-d'œuvre nécessaire pour fabriquer un couteau est disséminée à travers la ville ; il y a une extrême division du travail, les ouvriers sont spécialisés dans un métier, transmis de père en fils, pour lequel ils acquièrent une grande dextérité.
Les barres d'acier que les entreprises reçoivent sont d'abord confiées aux « martinaires » qui les amincissent (afin qu'elles puissent être aiguisées) grâce à des martinets mus par la force hydraulique de la rivière. Les forgerons reçoivent ensuite ces barres avec lesquelles ils forgent les pièces de couteau. Ces pièces sont ensuite envoyées aux limeurs, aux perceurs, aux émouleurs puis aux polisseurs qui aiguisent et polissent les lames sur des meules entraînées par la Durolle.
Le fabricant effectue lui-même la trempe, puis, après que le cacheur ait livré les manches, toutes les pièces sont finalement remises aux monteurs qui habitent les faubourgs de Thiers. Cette organisation de la production est donc caractérisée par une dissémination importante des lieux de travail dans la région thiernoise et plus particulièrement dans la vallée.
Au XIXème siècle, la coutellerie passe du stade artisanal à celui de l’usine. La force motrice hydraulique de la Durolle, encaissée dans sa gorge montagnarde, fut utilisée par l’industrie coutelière pour mouvoir les machines (par le biais des courroies et poulies) avant de produire l’énergie électrique.
Les fabricants couteliers emploient de nombreux ouvriers spécialisés car la fabrication nécessite une soixantaine d’opérations successives : étirage de l’acier, forge, trempage, émoulage, polissage de la lame de couteau, avant de monter le manche, souvent en corne, sur l’embout de la lame. Cette division du travail poussée donne un emploi souvent à temps partiel aux paysans-ouvriers (dans les montagnes du Forez) et aux ouvriers des usines dans la région de Thiers.
La force hydraulique de la Durolle est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs. Dès le XVe siècle, un quart de la population thiernoise exerce le métier de coutelier. Les objets produits dans la vallée sont exportés dans plusieurs pays au XVIIe siècle, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et aux Indes.
Vers 1900, la situation de l’activité était prospère, de même après 1945. Cette solide réputation de ville industrieuse trouve des débouchés en Europe occidentale et aux Amériques.
Aujourd’hui, la concurrence internationale de moindre qualité et moins chère, venant d’Asie, est fortement présente et pénalise les ventes. Toutefois, actuellement Thiers reste la capitale coutelière française : l’industrie thiernoise fabrique 70% des instruments tranchants produits en France (dont le célèbre Laguiole). 2000 personnes pour la production de 350 000 pièces vendues en France et à l’étranger.
Dans les gorges de la Durolle deux portions sont remarquables. La portion du « Creux de l’Enfer » présente une usine de coutellerie (devenue centre d’art contemporain) et l’usine du May, réhabilitée en 2009 « Maison de l’Aventure Industrielle » (turbine hydraulique, évolution technologique, architecture du XIXème).
La portion de la « Vallée des Rouets » (moulins à émoudre) permet une immersion physique sur la trace des émouleurs (artisans allongés sur une planche au-dessus de leur meule pour façonner le tranchant de la lame).
Le Syndicat d’initiative peut prendre en charge un groupe pour la journée et conduire la visite dans « la vallée des usines » sur les traces de cette histoire ininterrompue depuis six siècles.
Je me suis régalée à photographier ce site fabuleux ; nous sommes tombés dessus par hasard en cherchant un cours d'eau dans cette ville-étape. Le tourisme industriel me passionne, cette architecture du XIXème siècle est fascinante et l'on apprend beaucoup sur le savoir-faire de l'époque, le monde ouvrier et les matières nobles, la métallurgie, le bois, les machines, le rôle de l'eau dans le fonctionnement des usines.....
Des sites ont été réalisés sur le patrimoine industriel de nos régions, on peut s'y référer et connaître l'histoire des cheminées et bâtiments en friche.........