Fête départementale des Insoumis 17 - 9 sept 2017
Soroptimist Saintes (ce n'est pas une secte)
Article Libération de 2001 :
« Tout le monde l'appelle «Bernadette» et tout le monde la tutoie. Cette mère de famille très catholique, assez représentative de ces femmes qui, à droite, ont fait irruption à la faveur de la parité, a créé la surprise à Saintes (Charente-Maritime) en emportant la mairie détenue par le Parti socialiste.
Officiellement, l'histoire politique de Bernadette Schmitt, élue maire sans étiquette le 18 mars, commence il y a un an et demi au club Soroptimist de Saintes, sorte de Rotary féminin, où Catherine Bongard, future adjointe à la communication de «Bernadette», essaie de convaincre quelques bonnes amies de participer à un cercle de femmes RPR. Pas facile, la politique étant chose un peu vile: chez les Soroptimist, la tendance est plutôt au soutien scolaire auprès des écoles «libres», à l'aide aux pauvres et, pour certaines, à l'action auprès des enfants de couples en crise ou même divorcés via l'association «Le lapin qui rêve». «J'y suis allée et j'ai vu que somme toute, moi qui n'avais jamais fait de politique, j'en savais autant que les pros», se souvient Bernadette Schmitt.
Accent du Sud. Dans la foulée, cette épouse d'un responsable local des très traditionalistes Scouts d'Europe, récemment démissionnaire, entre dans les «commissions de réflexion» saintaises lancées par l'ancien député radical valoisien Xavier de Roux, maire d'une commune voisine, avocat et franc-maçon, qui entend bien récupérer son siège perdu lors de la dissolution. Pour y parvenir, il veut balayer l'éternel candidat de la droite saintaise, l'austère avocat Alain Bougeret, abonné à la défaite. «Nous cherchions à faire émerger quelqu'un de neuf, pas nécessairement une femme, dégagé des pesanteurs de parti», se rappelle Xavier de Roux. Et ce fut comme une apparition: Bernadette, regard bleu outremer, une pointe d'accent du Sud, la cinquantaine épanouie, avait le profil de la candidate idéale. D'autant qu'elle est plus que futée: elle sort de Centrale.
Se scelle alors, pour une mémorable reconquista, l'alliance entre le roué baron Xavier et Bernadette la catholique. Depuis des lustres, ce sont les socialistes, flanqués d'un PCF puissant dans cette ville de tradition cheminote, qui règnent. Pour 2001, la chance sourit à Bernadette: le maire, Michel Baron, quatre mandats au compteur, s'en va sans successeur désigné et plonge la gauche plurielle dans une guerre de succession mortelle.
Fleurs de tournesol. L'opération «Bernadette l'apolitique proche des vrais gens» tombe donc à pic. Pendant un an, dans son minibus frappé du slogan: «Mettons du soleil sur notre ville», tapissé de fleurs de tournesol et de portraits radieux de Bernadette (en grand) et des gens de sa liste (en petit), l'équipe de campagne, dont beaucoup de paroissiens et de bourgeois qui se redécouvrent une âme prosélyte, sillonne la ville et palabre avec les habitants. Soixante-dix correspondants de quartiers sont installés, recueillant les microdoléances que l'on retrouvera dans le programme. Exemples: pour le quartier ouest, «au Terrier des mouches, changer le nom de la rue» et «prendre en compte la question des gens du voyage»; quartier Bellevue, «mettre des plots amovibles près du bar»...
Sur les thèmes plus généraux, le programme est flou. Du coup «Bernadette» ratisse large. Chez les écolos, avec son logo tournesol identique à celui des Verts (le site Internet «Bernadette 2001» est d'ailleurs répertorié écologiste sur le moteur de recherche Yahoo), chez les pauvres, avec la «solidarité» mise à toutes les sauces, chez les amoureux du terroir aussi, mariage de la carpe et du goupillon, avec le soutien du président local de CPNT. Et puis, du côté de la droite, bien sûr, puisque la plupart des conseillers sortants d'opposition sont sur la liste, cartes d'adhésion publiquement déchirées.
Reste l'extrême droite, qui, à croire les listes adverses, serait sa vraie famille. Mais dont on peine à trouver trace dans l'abondante littérature de campagne de la candidate. Cependant: «Si nos adversaires, en attaquant Bernadette sur son idéologie prétendument ultraconservatrice, ont décidé les électeurs Front national à voter pour nous, que voulez-vous qu'on y fasse», relève un animateur de la campagne. Car la candidate, équivoque avec son refus d'aborder tous les sujets qui fâchent, type IVG ou Pacs: «Parce que ça divise et que c'est donc contraire à notre projet de mettre du soleil sur la ville», a suscité une multiplication et une distribution des pains. Tour à tour qualifiée de «madame Mégret bis», de «membre de l'Opus Dei», d'«intégriste», la candidate a pris soin de proclamer en retour son amour de l'humanisme et son rejet de tous les extrémismes. Esquive suggérée par Daniel Levyfve, le futur premier adjoint, qui, avec son neveu professionnel de la «com», a managé la campagne.
«Campagne sensorielle». Au final, hormis les activités de son mari, les ennemis de Bernadette n'ont aucune preuve tangible à faire valoir sur le supposé «extrémisme» de la dame. Chez elle, tout reste lisse, simple, rassurant. «Nous avons mené une campagne sur le sentiment, sur la douceur, presque une campagne sensorielle», explique Daniel Levyfve. Pour la somme de 200 000 francs, recueillie auprès de leurs «amis donateurs particuliers». Teasing, avec la campagne «Qui est Bernadette Schmitt?» sur le principe de «Demain j'enlève le bas», puis travail d'identification avec la jolie femme de 50 ans. «Nous nous sommes inspirés des théories de management d'Aimé Jacquet, avec les aménagements nécessaires à une campagne politique, affirme Bernadette. Nous avons appliqué la règle des quatre C: clair, concis, cohérent et court. Toutes les idées étaient testées en petits comités avec des habitants dans le rôle des candides. Au fur et à mesure de ce travail, mes capacités de communication, innées, ont été décuplées au point que je crois avoir aujourd'hui un véritable charisme.»
Xavier de Roux, aux anges, en oublie même un peu la langue de bois. «Il n'y a pas un gramme de politique dans cette campagne: nous avons simplement promis aux gens ce qu'ils voulaient, ils en ont été satisfaits et même parfois flattés. Saintes, avec cette "liste citoyenne", peut être un laboratoire pour une droite condamnée à perdre si elle se contente de présenter ses apparatchiks, alors qu'il s'agit de convaincre les gens de centre gauche.» L'apolitisme, avenir de la droite? «C'est bien possible», s'amuse l'avocat. ».
Fondé comme un club service interprofessionnel, le Soroptimist recrute traditionnellement des femmes exerçant des professions libérales, des cadres ou des chefs d'entreprise (avocates, médecins, directrices).
À l'instar du Rotary ou du Lions Club, ce profil sociologique tend historiquement vers un électorat plutôt conservateur, modéré ou de centre-droite, attaché à la réussite par le travail, à l'entrepreneuriat et à une forte éthique professionnelle. On peut considérer que le salon des créatrices de Saintes est un salon de bourgeoises :















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