Auschwitz se meurt
Auschwitz se meurt, faute de moyens.
Les baraques en briques et, plus encore, celles en bois construites à la va-vite par les prisonniers eux-mêmes à Birkenau, n’étaient pas faites pour durer. Tous les murs s’effritent, les toitures qui s’effondraient ont déjà été refaites. Installé dans une région marécageuse et confronté à la rudesse des hivers polonais, le site risque de disparaître. A Birkenau, dans l'ancien camp des femmes, les échafaudages qui soutiennent les murs de baraques en briques se font plus nombreux chaque année, tandis que la majorité des baraques en bois a disparu depuis longtemps. Ne reste plus qu’un cimetière de cheminées en briques, vestiges des anciens poêles qui ne fonctionnaient même pas, faute de bois.
Sur les 300 baraques de l’époque subsistent aujourd’hui seulement 45 baraques en briques et 19 en bois, la plupart ayant été démantelées au lendemain de la guerre par une population locale aux abois. Pour conserver ces baraques en briques qui logeaient chacune jusqu’à 800 femmes, il faudrait entièrement les démonter pour drainer le sol et l’assécher avant de les reconstruire. Un travail titanesque qui impliquerait, selon Pawel Sawicki, le porte-parole du musée d’Auschwitz-Birkenau, de fermer le site au public le temps des travaux.
Le camp de Birkenau possédait quatre complexes de chambres à gaz et crématoires. Trois ont été détruits par les SS en janvier 1945, tandis que le quatrième avait été détruit par les prisonniers eux-mêmes lors d’une révolte en octobre 1944. Préservées depuis 1969, les ruines sont restées en l’état depuis soixante-dix ans, seulement protégées des visiteurs par un petit cordon de sécurité.
Aux contraintes du temps qui passe, il faut ajouter le comportement déplacé de quelques visiteurs. Faut-il rappeler que le camp de Birkenau n’est pas clos ? Que les visiteurs peuvent pénétrer à leur guise dans des baraquements laissés ouverts au public ? Certains en profitent pour laisser une trace de leur passage en gravant leur nom dans le bois d’un châlit ou dans une brique. Lorsqu’elles sont à caractère antisémite ou négationniste, ces inscriptions sont enlevées, mais les autres font désormais partie du patrimoine. Difficile parfois de distinguer les initiales gravées par les prisonniers de celles laissées par quelques irrespectueux
Face aux immenses dépenses nécessaires à la conservation des lieux, le Premier ministre polonais de l’époque, Donald Tusk, lance, en 2009, un appel à la communauté internationale. "Sauver Auschwitz-Birkenau, c'est sauver la mémoire de millions de personnes qui ont souffert et qui ont été assassinées de façon bestiale. C'est la responsabilité et le devoir de l'Europe entière", déclare le chef du gouvernement polonais dans une lettre adressée à ses pairs de l'Union européenne. Cent millions d’euros sont finalement récoltés grâce à plus de vingt-huit pays.
Restaurer le site, un travail de titan
Le défi à relever est colossal car l’entretien du site de 191 hectares coûte des millions d’euros chaque année. Il s’agit de maintenir l'authenticité de 155 structures de bois et de brique, en les consolidant sans les reconstruire, et conserver des centaines de ruines et vestiges, dont celles des chambres à gaz et crématoires dynamités par les nazis avant leur départ. Il faut également entretenir les kilomètres de routes et restaurer les milliers de documents et effets personnels des victimes. Mais comment “restaurer” ces deux tonnes de cheveux entassés dans le “block” n°5, qui ne cessent de blanchir année après année ? Faut-il les enterrer, comme certains le préconisent, ou les conserver chimiquement, ce qui n’a jamais été fait à Auschwitz ? Piotr Cywiński, le directeur du musée, est formel : “Ici, nous ne montrons rien d’artificiel. Nous n'avons pas de solution et il est probable qu'ils finiront par tomber en poussière.”
Trois cents survivants étaient présents lors de la cérémonie du souvenir pour les 70 ans de la libération du camp le 27 janvier 2015. Ils étaient près de 2 000 dix ans plus tôt. Qu’adviendra-t-il d’Auschwitz lorsque tous ceux qui y ont été persécutés auront disparu ? Que restera-t-il lorsque les porteurs de mémoire ne seront plus là pour témoigner ? Probablement l’expérience personnelle. Car ce qui compte finalement, lorsque l’on visite Auschwitz-Birkenau, c’est ce que l’on ressent et qui marque à jamais ceux qui font le voyage dans ce lieu inconcevable. Non, on ne comprend pas mieux Auschwitz et la barbarie nazie après y être allé. On se sent encore plus démuni devant l’horreur. Mais se rendre sur place, là où se sont produits ces événements, permet de saisir une atmosphère, de s'imprégner d'une ambiance que nul mémorial, livre, film ou témoignage de survivant ne pourra jamais remplacer. Car c’est ici que l’indicible est arrivé, et où reposent les âmes de plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants innocents.
Extrait d'un article d'Elodie Drouard. Pour France Info.
PUISSE L'HISTOIRE DES CAMPS D'EXTERMINATION RETENTIR POUR TOUS COMME UN SINISTRE SIGNAL D'ALARME.
PRIMO LEVI.



Ce sera la rentrée politique des insoumis de la Charente Maritime