Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Eliane Roi

Les Apaches

Ce terme, qui apparaît vers 1900, résulte d'une construction médiatique basée sur un ensemble de faits divers. En 1902, deux journalistes parisiens, Arthur Dupin et Victor Morris, nomment ainsi les petits truands et voyous de la rue de Lappe et « marlous » de Belleville, qui se différencient de la pègre et des malfrats (notamment la bande à Bonnot) par leur volonté de s'afficher et, parfois, par la revendication de cette appellation.

 

Les Apaches
Les Apaches

Ce  que le peuple de Paris préfère par dessus tout c’est faire la fête : se retrouver dans les guinches et autres bals musettes, notamment dans le quartier de la Bastoche (la Bastille) et de Ménilmontant qui regorgent de guinguettes. On va jouer à la passe ou à la manille dans les troquets, on jase dans les cabarets et les gosses piaillent dans la hâte de se rendre à la fête foraine. Mais dans ce Paris bouillonnant du début du XXe siècle plane une ombre menaçante, celle de la racaille des bas-fonds, des voyous sans foi ni loi…

Les Apaches

Ce sont des garnements qui, bien souvent, ont échappé à l’école et qui vivotent en traînant leurs savates sur les pavés de Paris. Pour survivre à la misère et pour s’assurer un semblant de sécurité, ils vivent en bande, vagabondent, commettent des larcins et autres vols à l’étalage, et crient leur colère et leur soif de liberté en couvrant les murs avec des « Mort aux vaches".  Avant même la vingtaine d’années, ces jeunes impénitents refusant d’aller à l’usine et troublant l’ordre public deviennent le fléau des bourgeois et de la renifle (la police).

 

Les Apaches

Considérés comme des sauvages, on a tôt fait de qualifier ces bandes violentes d’« Apaches ». Ce terme fait référence — vous l’aurez compris — aux Indiens d’Amérique du Nord, la terreur des pionniers blancs conquérants et esclavagistes de la conquête de l’Ouest. Les Parisiens ont eu vent, à la fin des années 1880, de la reddition du chef apache Geronimo et la littérature et les romans de gare regorgent d’histoires d’indiens "sanguinaires". En 1889, le Wild West Show de Buffalo Bill s’était même installé quelque temps à la porte Maillot attirant des foules de curieux. En 1905, Buffalo et ses Indiens reviennent parader dans les rues de Paris dans la cadre du Carnaval.
 

Les Apaches

Issus principalement des quartiers de Belleville et Ménilmuche (Ménilmontant), leur terrain de jeux sont les vieilles fortifications de Paris, les fortifs comme ils les appellent : une enceinte bastionnée construite sous la monarchie de Juillet (1830-1848) longue de trente-trois kilomètres et au-delà de laquelle s’étend « la zone ». Sur ces territoires, également pris d’assaut par les ouvriers que l’haussmannisation a chassés, ils règnent en maîtres et font la loi. Le soir venu, tels les zonards de Starmania, ils déferlent sur le centre de Paris et dépouillent les bourgeois… Frondeurs et bagarreurs, ils sont prêts à cogner pour défendre leur honneur ou la réputation de leur gang et beaucoup de leurs histoires finissent en bagarres de rue, en rixes sanglantes. Aussi, ils sont nombreux à collectionner les séjours en tôle, qu’ils ajoutent fièrement à leur pedigree. C’est pour cette jeunesse dissidente que sont apparus, dès le milieu du XIXe siècle, les premiers établissements pénitentiaires pour mineurs (l’âge de la majorité pénale est alors de seize ans, elle passera à dix-huit ans en 1906).

Les Apaches

les femmes aussi.
« Des femmes partout » et même dans les rangs des apaches de Paris, où elles ont su se faire une place au sein des gangs. Bien que minoritaires, elles se battent, crachent, vocifèrent et parviennent à être traitées en égales avec les hommes. Certes, elles sont « utiles » en matière de prostitution car bon nombre d’apaches vivent de proxénétisme, mais elles sont aussi aimées, désirées, adulées par ces bourlingueurs qui, contrairement aux apparences, sont aussi de grands romantiques dont la peau est souvent tatouée de noms de femmes. Casque d'or est le symbole des histoires d'amour entre apaches.

 

 

Les Apaches
Les Apaches

Casque d’Or, la « Reine des Apaches de Belleville ».

S’il est une apache qui a marqué le Tout-Paris en ce début de XXe siècle, c’est bien Amélie Élie (1878-1933), plus connue sous le nom de Casque d’Or. Cette petite môme parisienne à l’épaisse chevelure rousse et dorée n’a que treize ans lorsqu’elle quitte père et mère pour aller vivre avec son homme, de deux ans son aîné. Oui, c’est tôt me direz-vous, mais à cette époque rien ne choque, et puis ça fait une bouche de moins à nourrir ! Comme les jeunes filles de son âge réduites à la pauvreté et à l’errance, elle se lance alors dans la prostitution pour tenter de gagner quelques sous.

 

Les Apaches

Casque d'Or se mariera dans le 20e arrondissement de Paris, le 27 janvier 1917, et deviendra bonnetière. Son époux est un cordonnier nommé André Alexandre Nardin, dont elle élève les quatre neveux. Elle monte avec lui un petit commerce de bonneterie sur les marchés de Montreuil et des Lilas.
Malade de la tuberculose, elle meurt en avril 1933, à l'âge de 55 ans. Elle est inhumée au cimetière Pasteur à Bagnolet.


Sources Savoirs d'histoire et wikipédia.

Les Apaches
Les Apaches
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
K
Instructif; bravo et merci beaucoup ! .
E
Merci.
M
Bonjour,, oh l'époque des blousons noirs que j'ai connu, les jeunes hommes mettaient des blousons en cuir ou simili noir et roulaient des mécaniques, et gare à qui lorgnait leur petites amie, j'ai été fiancée pendant deux ans avec un gars de ce genre et on en a fait des km en moto sans casque cheveux au vent, j'étais ravie...Quant aux Apaches il y eut un groupe de musique chansons de ce nom, tandis que Raoul de Godewarsvelde ( vrai nom Delbarre interprétait des chants repris en chœur dans les cafés du côté du cap gris-nez, c'est un bel article, bien amicalement
F
Un reportage fort intéressant sur ces honnis de la société ,épris de liberté ennemis du bourgeois, aimant faire le coup de poing, des marginaux qui vivent la vie pour le panache de la gouaille et de la force. Ca m'évoque une chanson qu'entonnait mon père : "Le grand rouquin :
https://greatsong.net/PAROLES-RAOUL-DE-GODEWARSVELDE,LE-GRAND-ROUQUIN,100315990.html

Quant aux apaches c'était peut-être leur faire sinistre réputation... d'ailleurs tu le mentionne aussi dans ton article.
J'ai aussi fait un billet à leur sujet à partir de la lecture du roman de Eric Vuillard :"Tristesse de la terre" où il est aussi question du spectacle de Buffalo-Bill
http://www.mirebalais.net/2016/03/lire-tristesse-de-la-terre-de-eric-vuillard.html

Pouvant aussi se ranger dans ce sujet de franges de la société de la fin du XIXe et du début du XXe, as-tu regardé, hier soir la nouvelle série sur TF1 :" Le Bazar de la Charité" on y retrouve cette lutte des classes entre grands bourgeois et petit peuple ouvrier ou en rebellions...
E
Ca y est, j'ai pu regarder LE BAZAR DE LA CHARITE hier soir , c'est repassé sur une autre chaîne. Mais dans le feuilleton, "ils" disent que l'incendie est dû à un attentat des anarchistes alors que dans la réalité (puisque c'est une histoire vraie), il est dû à l'enflammement de la cabine de projection de la petite salle de cinéma.
J'en ferai peut-être un article à la fin du feuilleton. Ou toi.
Sinon, pourrais-tu nous écrire les paroles de notre chanson pour l'Autocar en folie, Ulysse pourrait composer la musique et on chanterait tous en choeur ; en coeur.
E
Tu vas rire (j'en suis sûre) : hier soir on s'est trompés de programme télé. On a pris celui de la semaine prochaine. Pffff ! Hi hi hi hi ! et comme on a constaté qu'il "n'y avait rien à la télé", on a mis un DVD avec Ventura.
Lino Ventura. Pas Ray Ventura. Si ç'avait été Ray Ventura, ç'aurait été plutôt un CD qu'un DVD. J'ai donc raté "le bazar de la charité"... je vais étudier la question... je crois que c'est en plusieurs épisodes............. faut voir..............
Sinon, si tu pouvais aider Ulysse à composer une chanson qui ne soit ni paillarde, ni à boire, ça nous changerait... il vient de sortir sa guitare. Et chanter, ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine. Hé hé hé !
Merci mon pote !
Grosses bises !
L
Salut Eliane, un sacré article qui sera dans une prochaine revue de blogs. Avec toi j'en apprends tous les jours
Sacrés beaux portraits aussi de ces femmes rebelles !
E
Bonjour Yannick !!! L'Autocar a donc fait un détour par Lorient, SPECIALEMENT POUR TOI.
On t'a attendu, attendu, attendu. Pas de Yannick. Pourtant, les dames passagères du car parlaient de toi avec curiosité "c'est qui ce Yannick ?"... "avec un prénom pareil, il doit sauter sur tout ce qui bouge..."... Claude aussi te souhaitait la bienvenue par minou, et tout et tout. En vain. On n'a pas vu la queue d'un Yannick. Le car est donc reparti sans toi et nous n'avons plus eu de nouvelles. Nous roulons à présent depuis un mois (déjà) et le temps passe vite, entre Marcel et les histoires de fesses de Justin Pticou, de pieds de Claude (beurk), de pinard d'Ulysse, etc.
Si tu souhaites nous rejoindre, fais-le par tes propres moyens, vélo, voiture électrique, trottinette à hydrogène... nous sommes loin de Lorient et semons, comme tu t'en doutes, des catastrophes sur notre passage, comme le petit poucet dans "Autant en emporte le vent". Parfois aussi la nuit, avec Claude, c'est "autant en emporte le vent" mais c'est beaucoup moins romantique.
A bientôt donc... peut-être..... tu peux encore venir, on ne refuse personne et il y a de la place dans le car.
Très cordialement.
R
Il a raison Claude ! J'en apprends de belles, dans ton article. J'ai de la sympathie pour cette belle apache casque d'or, décédée l'année de ma naissance. J'ai vu plusieurs fois le merveilleux film de Becker avec Simone Signoret et Serge Reggiani, mais j'ignorais que ce film fut inspiré de "l'apache" Amélie Elis.
Biz
Hugues
E
Moi aussi Hugues ! Avant de pondre mon article, j'ignorais qu'il s'agissait de "casque d'or" avec Simone Signoret. Je ne connaissais pas ce terme d'"Apaches" pour les blousons noirs ; c'est mon copain qui me l'a fait découvrir. Comme quoi, on a toujours besoin d'un plus grand que soi.
C'est vrai qu'on en apprend tous les jours.
Ce soir on dormira moins cons.
Bois du sirop, Ulysse et sa guitare vont nous faire chanter bientôt dans le car ; sauf si on est sous l'eau.
GLOUP
Gloup
gloup
g
M
J'ai appris plein de choses en te lisant ce matin, car tu vois j'ignorai qu'on appelait à Paris les petits voyous ainsi...Tes photos anciennes sont superbes !! Une belle ambiance pour ton article du jour. bisous et une belle journée
E
Merci ma poule. J'aime bien le rétro (ça, tu le savais déjà) et il y a tellement de choses à raconter, à découvrir, à faire partager, sur notre passé, qu'une vie de blog n'y suffira pas.
Si tu savais le nombre d'articles que j'ai en prévision..................................................Ca va de la construction de la Tour Eiffel en passant par la détention de Balkany en 75 épisodes, pour finir par les chaussures de Claude.
Demain sera un autre jour..............................................
Je t'embrasse fort.
C
A cette époque les voyous paressaient presque sympathiques, pas mal de choses à apprendre dans cet article
Amicalement
Claude
E
Oui Claude ; moi même je ne connaissais pas ce terme "Apaches" ; bien d'autres mériteraient également un article comme les "Zazous", les "Dandys" ou autres.
Excellente journée et grosses bises.
C
Un article vraiment très intéressant accompagné de jolies photos d'époque.
Bon mardi Eliane.
Bises et léchouille de Totos.
Christian
PS:je repars en chasse dans le département de l'Yonne.
E
Merci pour ton commentaire, Christian et bon reportage !
Biiiiiiiiiiiises !