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Eliane Roi

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

     TOUT N'ETAIT PAS ROSE A LA BELLE EPOQUE

La plupart des installations de ces couvent-ateliers eut lieu dans les années 1850 et 1860.
La région lyonnaise voit naître un bon nombre de ces usines pour enfants.  Une grosse majorité de filles. Enfermées toute leur jeunesse (12 à 21 ans) dans des “couvents soyeux” où le patronat et l’Eglise, avec l’assentiment de la famille, leur imposeront les dures “vertus” du travail et de la morale, dont la plus “haute” est la soumission.
L’aumônier définit clairement le but du système : “ Il faut moraliser la classe ouvrière ”, “ Au reste, tout industriel doit tendre à réaliser le plus de bénéfices possibles.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

Le plus souvent, les ouvrières ne reçoivent pas de salaire  ;  elles travaillent 12 heures par jour ; comme première rétribution du travail qu’on demande d’elles, les ouvrières seront nourries, chauffées, éclairées et blanchies à la fabrique; on leur fournit de plus un lit ; sur 20 000 ouvrières, 16 000 couchent à deux par lit, dans des dortoirs encombrés, mal aérés, insuffisants.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

Si la création de providences a été due le plus souvent à des initiatives de dames ou demoiselles pieuses qui ont essayé de s’adapter aux aléas de l’industrie de la soie, l’installation des usines-couvents obéit à une stratégie économique et financière fondée sur la soumission des ouvrières permise par un encadrement de religieuses.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

Les révoltes ouvrières du printemps 1848 ont transformé la plupart des providences en orphelinats. D’autre part, le paternalisme mis en œuvre dans  les usines-couvents a été de plus en plus remis en question à la fin du siècle avec l’affirmation du principe d’égalité concrétisé par le suffrage universel et la liberté syndicale.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

Dans les années 1830, Lyon fait figure de ville pionnière pour les révoltes ouvrières. La commune de la Croix-Rousse est alors peuplée d'ouvriers et d'artisans, fabriquant notamment de la soie, surnommés les canuts.
La révolte des canuts désigne plusieurs soulèvements ouvriers ayant lieu à Lyon, en 1831 puis 1834 et 1848. Il s'agit de l'une des grandes insurrections sociales du début de l’ère de la grande industrie.
Lucie Baud

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

C'est  à l'âge de douze ans que Lucie devient ouvrière en soierie, dans une fabrique  où sa mère travaille déjà, après une courte enfance, dans une famille catholique... Mais Lucie a appris à lire et à écrire, ce qui lui permet de laisser son témoignage d'ouvrière, d'une inestimable valeur.
C'est dans une de ces fabriques, à Vizille, -près de Grenoble- petite ville ouvrière et réputée révolutionnaire, que travaille Lucie Baud, treize heures par jour, dans une constante concentration : les machines s'enrayent et broient, parfois.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

Elle est veuve à 32 ans, avec deux enfants à charge, et doit quitter son logement de fonction. Quatre mois après le décès de son mari, elle fonde en novembre 1902 le Syndicat des ouvriers et ouvrières en soierie du canton de Vizille, dont elle devient secrétaire. Ce syndicat tenta de s'opposer à la diminution des salaires due à la mécanisation des techniques de tissage de la soie.
En août 1904 elle est la seule femme à participer en tant que déléguée syndicale au 6e congrès national de l'industrie textile à Reims. Sa présence est saluée mais on ne lui donne pas la parole.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

c'est dans l'action qu'elle devient leader de la grande grève qui agite l'industrie de la soie, en 1905, contre les cadences infernales et les salaires de misère, qu'on diminue subitement de 30 à 40%. Le contexte est propice à l'exaltation, parce que nombreux sont les travailleurs, syndicalistes et révolutionnaires, qui pensent que la chute du capitalisme est imminent, et que le Grand Soir est proche.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

En septembre 1906, à Voiron, la presse rend compte de la tentative de suicide de Madame veuve Lucie Baud, "très estimée". Et il ne s'agit pas d'une moitié de tentative. A trente-six ans, la militante s'est tirée trois balles dans la bouche, et a survécu.

 

Des usines-pensionnats industriels à la révolte des Canuts

La "Belle Epoque" n'est belle qu'au regard de l'Entre-Deux-Guerres... Pour les ouvriers et ouvrières qui ont lutté, et souvent perdu, avant de mourir, ou de voir mourir leurs compagnons, dans la boue de Verdun ou du Chemin des Dames, c'est l'époque la plus triste, celle des espoirs déçus et des nuages belliqueux qui s'amoncellent sur l'Europe.

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F
Bonsoir ,me revoilà,je n'avais plus d'internet ,ce n'est pas réparé ,j'ai une 4G en attendant ..très intéressant reportage ,je ne connaissais pas cette période .que la vie devait être difficile pour ces jeunes filles ,pour ne rien gagner en plus, et maltraitées...j'ai lu deux livres sur la soie ,"la soie et la montagne ,et "la vallée de la soie"....heureusement qu'il y a des personnes qui se battent ,le film doit être intéressant à voir...malheureusement il faut encore de nos jours se battre ,parce que là rien ne va plus ...j'espère que le 5, il va y avoir une population de masse ..au fait pour te répondre ,sur les photos de mon blog ,sur sancerre et alentours ,nous étions en vacances en famille dans la région ,je suis de Charente....bonne soire.bises.
E
Bonjour Faustine ! Tu es charentaaaaaiiiiiiiise ??? dis-moi tout - dis-moi t'où ?
Tu peux m'écrire par mail : eliane.roi1@orange.fr. On causera du pays.
Grosses bises, ma poule.
U
Si on laissait faire le capitalisme financier et les sociétés comme Amazon on en reviendrait vite à ce temps là ! Bel article salutaire ! Bon ouikende Eliane !
C
j'ai toujours eu la conviction que l'histoire tel que l'écrivent les ouvriers (ceux qui oeuvrent) et par extension les salariés est essentielle à la mémoire du Pays, pour ne pas perdre les conquis des luttes....et continuer à lutter pour une juste répartition des richesses qu'ils créer...

Ces images et textes d'hier donnent à l'impression qu'elles sont un passé révolu depuis longtemps...dans "mémoires d'usine", qu'Éliane à eu la gentillesse de mettre dans ce blog, un cadre rappelle que des femmes dans cette usine travaillaient au rendement; que pour "faire la paie" elle n'allaient pas aux toilettes et faisait "pipi" à leur machine...dans de boîtes de conserve...ça a duré jusque dans les années soixante...!!!! Et aujourd'hui, en ces temps dits moderne, la situation est elle meilleurs ? Des UBER aux livreurs à vélo en passant par les salariés d'Amazone et autres boîtes à esclave, des gens des urgences, "des petites mains" de la grande distribution,sans oublier les travailleurs pauvres et SDF....le fond des choses n'a pas changé....et en regards des possibilités liés aux progrès scientifiques, le ratio est inférieur....Le 5 décembre je serais dans la rue, pour les retraites ...mais pas que !
C
C'est vrai que rien n'a changé, les plus faibles sont toujours exploités, il n'est pas normal qu'avec un salaire on ne puisse se loger, l'esclavage est abolit sur le papier mais pas dans les faits. Je ne peux pas descendre dans la rue le 5 décembre, mais je serais de ton cœur avec les manifestants
M
Des usines-couvents? Quelle horreur, la double peine. C'est qu'elles peuvent être vaches, les bonnes sœurs...
Tu me fais découvrir,une belle et courageuse personne 2liane.
Bisous,
Mo
M
Tres intéressant ce billet... je ne connaissais pas l'histoire de cette femme. Elle est le reflet de la condition ouvrière de cette époque. Je lis une trilogie sur les soyeux de Lyon en ce moment: les noces de soie...
Bisous m'dame
E
Bonjour Maryline ! je te croyais sous l'eau dans les inondations... je regardais si ta région avait été touchée par les intempéries.... Merci pour ton commentaire.
Je t'embrasse.
F
L'esclavage à travers la longue histoire de l'humanité a hélas toujours existé. Il correspond à l'exploitation de l'homme par l'homme : Le dominant et le soumis... esclavage, servage cela passe par toutes les époques.

Là, à l'avènement de l'ère industrielle... oui, les luttes furent âpres, sanglantes pour qui se rebellait contre cette exploitation outrancière et avilissante des petites mains, des bras des jambes de tous âges par des têtes auréolées non seulement par la connaissance mais sutout par le profit...

A bien y réfléchir, ce sont toujours les excès qui entrainent la dégradation des entreprises, socialement et économiquement. le TROP ravageur .

Mais comme Lucie Baud à la tête d'insurgés, le sacrifice et le courage de tant d'autres ouvriers , par la suite, ont fait progresser leurs conditions de travail, leurs rétributions et autres avantages sociaux congés payés etc.

Aujourd'hui, certainement plus qu'hier, dans les grosses entreprises et firmes internationales ce sont les écarts de revenus entre patrons avec les actionnaires et employés salariés qui sont excessifs constituant un abîme gigantesque où un grand patron reçoit en un an ce que l'ouvrier ne gagnera même pas dans une vie entière d'activité.

C'est cette outrance injustifiée qu'il faut combattre. Si les compétences et le talent doivent être rémunérés à juste titre ce ne doit jamais être dans une proportion de 1 à 1000 ... et puis l'argent ne devrait être que ce qu'il permet légitimement , un moyen de monnayer ses efforts et sa contribution pour vivre dignement en pourvoyant à l'essentiel du vital et du culturel indispensable .
http://www.mirebalais.net/article-15994043.html

Bonne journée et bises des farfadets ...
M
Quelle belle page d'histoire ! Je ne connaissais pas du tout l'existence de ces couvents-usines mais je savais qu'à une époque le gîte et le couvert remplaçaient le salaire. J'avais entendu parler du film sans en connaître l'histoire. Je ne sais pas si nous aurons la chance de le voir un jour à la TV. En tous les cas je ne le manquerai pas. Je regarderai aussi s'il existe en DVD. Bisous et merci de cette belle page instructive comme j'aime
M
Très intéressant cet article, c'est la réalité peut-être lointaine mais dans la vie actuelle il existe encore des révoltes, des injustices, des ateliers clandestins où dans des sous-sols des malheureux bossent pour moins que rien, mais ça on n'en parle pas, les gilets jaunes c'est du pipeau qui ne font qu'aggraver la situation, j'ai connu les grèves et c'était autre chose...J'ai connu bien sûr mai 68, j'avais déjà 4 enfants, ( le 5 eme est de 1972 ), je résidais près de Lille mais pas de violence comme en ces jours, revenons à mon article, vois-tu moi aussi j'ai des prémonitions avérées, et l'écriture automatique la nuit il fut un temps, gros bisous et je te mail, bonne journée.
É
Coucou Marynord ! Merci pour ton commentaire. Je suis contente de voir les blogueurs/gueuses participer au débat. J'ai longtemps mis des articles "politiques" qui n'étaient jamais commentés, même par les gens progressistes ; l'échange constructif entre nous est pourtant primordial et on fait la démonstration ici que l'on peut aussi écrire des articles sérieux, sur des sujets graves ; qu'il n'y a pas que l'humour dans la vie. Je vais peut-être pouvoir recommencer à pondre des articles un peu "politiques", sans me fâcher avec mes amis de droite, sans frôler l'overdose sur les malheurs du monde comme nous le montre la télévision TOUS LES JOURS. Merci mon amie. Je t'embrasse fort.
C
Merci de porter à la connaissance de tous ces épisodes peu glorieux de l'histoire de l'industrialisation et de la soumission de la classe ouvrière, j'ignorais totalement l'existence de ces couvents usines, mais c'est vrai que l'église en a fait bien d'autres depuis qu'elle a étendu son emprise, ce sont les femmes qui ont le plus œuvré pour les liberté et c'est d'elles dont on parle de moins, autre injustice de l'histoire, je me dis qu'à une certaine époque tu aurais été une Louise Michel, telle la liberté guidant le peuple, je t'imagine bien sur un barricade le point lever pour réclamer le respect de tous.

Amicalement.

Claude
E
J'ai effectivement été prise en photo habillée en Marianne, avec une fourche en bois, sur des barricades, à La Rochelle, mais c'était avant le mouvement des gilets jaunes, que je trouve assez violent, loin de toute forme d'organisation et votant majoritairement extrème-droite. Je sais que les gilets jaunes ne sont pas tous violents, mais ce sont des gens qui n'ont jamais fait grève, refusent de s'organiser, sont divisés et proches des black-blocs violents, d'extrème-gauche et d'extrème-droite, qui ne sont là que pour casser. Quand je pense que dans les black-blocs il y a des instituteurs, des infirmières... ça me rend malade. On est loin des énormes manifestations pacifiques que j'ai connues il y a 40 ans, lorsqu'un changement de société était encore possible sans violence, si on avait été deux fois plus nombreux dans les rues.
C
Article très intéressant,j'ignorais totalement l'histoire des couvents-ateliers.Je me coucherais moins bête ce soir.
Bonne soirée Eliane.
Bises.
Christian
É
Bonjour Christian ! Moi je connaissais l'histoire de la révolte des Canuts, parce que je suis lyonnaise et que l'on nous l'apprenait à l'école ; je ne connaissais pas l'existence de ces couvents-ateliers. Je suis en train(à vapeur) de lire un livre sur les Français en 1900 et c'est là qu'un article les concernant m'a interpellée.
Merci pour ton commentaire.
Grosses bises !